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Pierre Bayard

Pierre Bayard bascule l'espace temps, y construit une perspective par le jeu subtil des obliques, nous chavire dans de multiples dimensions en juxtaposant des plans nettement découpés, alliant à la répétition infinie de formes cellulaires, géométriques ou figuratives un bagage artistique issu, entre autres, de références bibliques, d'un Andy Warholl, d'un Vasarely ou... d'un papier peint ordinaire et largement répandu dans l'humanité.
Soulignées d'un trait continu, noir, d'une implacable netteté, les formes se simplifient, s'épurent, se gonflent, s'amenuisent et s'allongent sous la contrainte de courbes, contre courbes et droites. Le charme opère, issu du contraste d'une composition savamment orchestrée et de couleurs qui illuminent l'oeuvre d'une bienfaisante chaleur humaine.
Le peintre utilise les aplats contrastés de couleurs vives ou nuancées et des touches d'ombre et de lumière pour le modelé afin de susciter l'impression de volumes ronds et doux. Situées souvent à l'avant plan et au centre, une ou des figurines palpite(nt), amalgame fantaisiste et hallucinant d'éléments humains, de visages similaires et envahissants, de femmes différenciées par leur féminité sensuelle, d'éléments animaliers, manufacturés ou industrialisés, livrant à notre interrogation, notre soif d'apprendre et de comprendre un sourire énigmatique, un regard lancinant...
Tendresse, sérénité, dérision ou indulgence du regard d'un artiste belge, s'inscrivant dans le sillage de la Figuration Libre et croquant fin de siècle le puzzle du genre humain...
C. TOMBU
Licenciée en Histoire de l'Art et Archéologie
Agrégée de l'enseignement secondaire supérieur (arts plastiques)
Le monde de Bayard
Le Monde de Bayard.
A première vue, les tableaux de Bayard semblent être en trois dimensions (certains, d'ailleurs, le sont), comme s'il avait scié‚ ses personnages dans d'épaisses planches de bois et les avait collées par après sur un panneau.
En réalité, le monde imaginé et créé‚ par Bayard comporte au moins trente six dimensions qui s'étalent autant dans le temps que dans l'espace, autant dans l'histoire que dans les faits divers, autant dans la poésie que dans l'humour, dans l'inventivité la plus débridée que la construction la plus rigoureuse, l'originalité et la plongée dans l'univers de la BD, du dessin animé, de l'affiche narrative et narquoise telle que la produit p.ex. un EverMeulen.
Bayard appartient a cette génération d'artistes - avec Combas, Boisrond (en compagnie de qui il exposa une première fois chez Bastien) mais aussi avec Maris, Roodjee et même peut-être Bervoets - qui, à des degrés divers d'agressivité‚ ou de tendresse, dehargne ou de sarcasme, de décision ou de rancune, règlent leur compte à notre société, tout en produisant des oeuvres où le pathétique est camouflé sous l'ironie et le tragique sous le cocasse.
Mais dans ce groupe, Bayard est le poête qui suit Alice non pas au pays des merveilles, mais dans un monde de cirque et de fantaisie A l'avant- plan ou au centre de ses toiles, un ou plusieurs grands personnages établissent l'action ou dirigent la scène; autour d'eux, à l'arrière-plan un foisonnement de figures plus petites, d'animaux farfelus, d'objets incongrus, de bouts de paysages sages mettent une animation dont, à première vue, on ne perçoit pas le rapport avec le motif principal: représentent-ils l'envahissement du monde extérieur, ou portent-ils l'écho de nos pensées cachées ? Ont-ils valeur de symbole ou sont-ils la projection de nos rêves éveillés ?
Tous les tableaux de Bayard ont comme sujet les rapports entre les êtres : homme et femme d'abord et, par extension, l'homme et les femmes, et donc le poête et ses muses.
Le plus souvent, c'est la femme qui mène le jeu : elle s'exhibe avec plaisir, levant la jambe, mettant ses seins au balcon, exploitant les ressources de ses yeux, de ses lèvres, de sa coiffure pour rendre plus explicite la communication. L'homme, plus conventionnel en costume complet est surpris, ravi et bientôt complice quand sa libido vient à la surface.
Bayard s'amuse follement aux spectacles qu'il invente, qu'il met en scène (la plupart des tableaux sont précédés par des dessins à l'encre de chine, méticuleux et nets comme des épures) et qu'il peut, à sa guise, peupler de ses souvenirs, de ses observations, de ses fantasmes.
Il organise son monde comme un chef d'orchestre dispose ses musiciens, conscient de l'impact relatif de chacun des instruments, i1 joue avec les couleurs aussi : la couleur chair domine, avec des contrepoints de gris ou de mauves rosés tendres, du jaune doré‚ pour les cheveux et, de temps en temps, le coup de cymbale d'un rouge vif. Mais tout cela est maintenu dans des contours au mince trait noir, toujours assez fluide pour permettre des raccords sans heurts, des contrastes sans violence. D'autant plus que Bayard ignore les ombres ou l'ombre : tout au plus accepte-t-il un dégradé‚ pour souligner un relief ou remplit-il de noir les rares interstices entre ses personnages ou ses objets. Bayard aime le peintre Fernand Léger et certaines figures ne sont pas sans le rappeler mais il évite la lourdeur volontairement intensifiée des contours du maître français.
C'est que Bayard préfère le cirque à l'usine et le conte de fées à la réalité journalière. En cela, il rejoindrait plutôt le Picasso facétieux des Demoiselles d'Avignon ou même certaines silhouettes qu'un Gust Desmet plantait sur les bords de la Lys.
Mais il y mêle des naïvetés empruntées aux illustrations des contes de Grimm et de relents de Pinocchios. C'est que tout fait farine au moulin dans l'oeuvre de Bayard : une petite sculpture en ivoire perçue dans un musée italien donne lieu à une ironique interprétation iconique; une musique écoutée pendant l'élaboration d'une tuile intensifie le rythme syncopé de la composition.
Pierrot Bayard est un jongleur, un montreur de marionnettes, un voyeur et un jouisseur du spectacle de l'homme, de sa vie, de son milieu et de ses visions intérieures. Il ne se veut pas philosophe, mais il est analyseur de comportements, de situations, de caractères et surtout, il est amoureux de l'existence au point de transformer l'acception de certains termes de notre langue : au lieu de se faire complice des artistes qui peignent des natures mortes, il revendique la paternité exclusive de "natures vivantes".
WIM TOEBOSCH.
La figuration libre
La Figuration Libre
Tout le monde est d'accord pour dire que le terme de Figuration Libre ne signifie pas grand chose et qu'il ne convient pas. Mais chacun l'utilise, tout comme on utilise le terme de fauve et de cubiste. Par facilité. Mais aussi parce qu'au fil des ans, les étiquettes se chargent de sens. Fauve, dans le milieu de l'art, n'évoque pas une bête féroce, mais un artiste qui emploie des couleurs violentes. Aujourd'hui, Figuration Libre, suggère une peinture-graffiti, mélange de bande dessinée, de caricature, une sorte de cocktail d'écriture simplifiée et d'art populaire, de personnages drôles et de langage direct. Cette peinture se démarque de la figuration allemande des années 80, très marquée par l'expressionnisme berlinois. Cette peinture est différente de la transavant-garde italienne très influencée par l'art conceptuel.
Chia, Cucchi, Clemente ont commencé par le conceptuel pour aboutir au post-modernisme. Les américains Keith Haring et Basquiat se rattachent à Fernand Léger et Pop Art pour le premier, à Rauschenberg et à Dubuffet pour le second. La particularité des jeunes artistes français des années 1980-1990 est de partir de l'imagerie, de la bande dessinée, de l'art modeste, selon les di Rosa, de la trivialité selon Combas, des contes de fée pour Blanchard, du vécu quotidien pour Boisrond, afin d'aboutir à un art chargé d'énergie. Depuis dix ans que je suis l'évolution de la Figuration Libre, je constate que les artistes ont considérablement renforcé leur position et clarifié leur art. De plus en plus, je suis persuadé de leur importance. Ce qui, au départ était provocation devient langage influençant divers secteurs de la vie quotidienne.
Pierrot Bayard qui les rejoint le temps d'une exposition, est leur cousin. II fait un art spontané fondé sur le corps de la femme. C'est un conteur qui dévide son coeur et ses fantasmes. II apporte une note de fraîcheur qui n'a rien de couleur locale.
Otto HAHN
